11.09.2009

Niveau de preuve des bases de données?

L'Evidence Based Practice organise les ressources de la littérature en niveaux de preuve  pour aider à la sélection des articles tant en terme de validité qu'en terme de facilité. Les écrits situés au sommet de la pyramide des preuves: recommandations, revues de littérature, essais randomisés contrôlés (RCTs) servent d'étalon pour la valeur des résultats mais permettent aussi au praticien, qui dispose d'un temps de lecture réduit, de se concentrer sur les connaissances les plus fiables. Cependant, la multiplication des bases de données ou moteurs de recherche rend la recherche compliquée: quel(s) moteur(s) interroger si l'on n'est pas insomniaque ou fasciné par l'architecture des réseaux? Nos collègues australiens (lointains car physiothérapeutes et universitaires) viennent de publier une étude où ils ont analysé les principales bases de données afin de déterminer les plus performantes dans l'indexation des articles qui concernent les traitements en physiothérapie. 281 RCTs ont été sélectionnés et recherchés dans les 8 principales bases de données: 99% des articles ont été retrouvés dans PEDro, 98% dans CENTRAL et 91% dans Pubmed. Bien qu'une recherche détaillée et exhaustive ne doive pas se limiter à interroger une seule base de données, une de ces bases semble tout de même avoir une valeur suffisante pour conduire rapidement des recherches afin de répondre à une question clinique. Encore faut-il posséder les bons mots clés (MESH term)? 

Source: Moseley AM, Sherrington C, Elkins MR, Herbert RD, Maher CG. Indexing of randomised controlled trials of physiotherapy interventions: a comparison of AMED, CENTRAL, CINAHL, EMBASE, hooked on evidence, PEDro, PsycINFO and PubMed.Physiotherapy. 2009 Sep;95(3):151-6

Commentaires

Bonjour,

merci pour ce billet très informatif. Cependant, ce post soulève aussi un problème éthique.

Il me semble risqué d'affirmer ici implicitement que les niveaux de preuve fondent forcément des connaissances fiables et supérieures à d'autres.
Elles sont incontestablement fortement contributives au travail de référenciation et de problématisation au bénéfice du patient mais par essence elles sont aussi réfutables et méthodologiquement isolées des interactions complexes qui les concernent dans le réel.
L'incertitude a donc toute sa place en la matière... tout de même.

Niveaux de preuve et principe d'Heisenberg ?
Niveaux de preuve et principe de Brillouin ?
RCTs et épistémologie de la complexité et des sciences dite dures appliquées à la kinésithérapie / physiothérapie ?
Quid des sciences humaines dans la kinésithérapie / physiothérapie et de leur puissance contributive aux soins ?

Invitation à naviguer sur "l'océan de l'incertitude" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper

Partage de lecture : "L'intelligence de la complexité" (E.Morin, JL Le Moigne - Ed. L'harmattan - 1999)

Respectueusement et confraternellement

Paul

Ecrit par : Paul | 12.09.2009

Je ne vois pas pourquoi il faudrait avoir recours à la physique quantique pour soigner des patients. Ne risquez-vous pas de repousser les bonnes pratiques aux calendes grecques avec de telles affirmations ? N'est-ce pas une façon de justifier l'incurie s'il faut admettre, en caricaturant, que "tout est dans tout et réciproquement" ?

Ecrit par : JLE | 12.09.2009

Bonjour,

la démarche scientifique n'est pas au-dessus de l'esprit critique et loin de moi toute intention de dénigrer les connaissances en kinésithérapie fondées sur les preuves... bien au contraire et veuillez croire que j'en suis un promoteur sur le terrain de ma pratique.
Je me réfère souvent et premièrement aux niveaux de preuve pour développer mes capacités de lecture critique notamment lorsque je tente d'identifier et de me référer aux "bonnes pratiques". Je voulais seulement dire par là que les connaissances basées par sur les niveaux de preuve ne doivent pas exclure les autres qui certes ne répondent pas aux critères de qualité scientifique mais peuvent être pertinentes tout de même et s'inscrire dans un corpus disciplinaire ouvert.

Vous avez raison, les arguments évoqués sont relatifs à la physique quantique mais on peut s'interroger sur l'impact du principe d'indétermination d'Heisenberg dans l'évaluation et la recherche en kinésithérapie. Tenter de connaître, de discuter et intégrer les limites de la connaissance scientifique fait-il de moi un incurable ?

Respectueusement

Paul

PS/
" Heisenberg, Born, et avec eux toute l'école de Copenhague, ont insisté sur le fait que les relations d'indétermination causent une incertitude sérieuse pour l'observateur, particulièrement les physiciens qui s'appuient sur l'expérimentation. Ils ont souligné l'impossibilité de connaître à la fois la position et la vitesse ou la quantité de mouvement d'une particule, et que l'instrument utilisé pour mesurer agit sur le corpuscule et donc le modifie. "
http://www.techno-science.net/?onglet=glossaire&definition=8040

Ecrit par : Paul | 12.09.2009

Bonjour, merci de l'intérêt que vous portez au site et de la discussion que vous ouvrez. Je crois qu'il y a souvent une confusion sur la démarche de l'EBP: elle cherche à trouver le traitement le plus efficace adapté au patient et à ses préférences en associant l'expérience du clinicien. Il me semble qu'il n'y a rien de plus ciblé et respectueux de l'individualité que cette démarche puisqu'elle prend non seulement en compte les préférences et les spécificités du patient mais aussi la compétence et l'expérience du clinicien! L'EBP et la démarche scientifique en général ne prétendent pas qu'une technique qui montre un effet pour un échantillon de patients devrait s’appliquer à tous les patients ni à votre patient si vous jugez que la technique n’est pas adaptée ou que le patient la refuse (car douloureuse ou psychologiquement insupportable)! La décision vous incombe ainsi qu'au patient. Par contre, je pense qu'il n'est pas éthique 1) d'ignorer qu'il existe désormais des techniques qui montrent une efficacité ou une absence d’efficacité (les ultrasons par exemple). 2) De ne pas délivrer une technique qui a fait ses preuves ou de la "customiser à la mode de chez nous" alors que des règles sont définies. Est-il éthique d'appliquer une technique de bras contraint durant 1 heure alors que des études, avec des méthodologies impeccables, montrent que l’intervention est plus efficace avec un entrainement de 6 heures? Je ne parle de l'impact économique, du coût de la non efficacité et de notre responsabilité en tant que praticien! Je ne comprends pas cette opposition systématique par les sciences humaines que vous renvoyez dès qu’on parle d’évaluation, de niveau de preuve, d’essais randomisés ou de méta-analyse. J’aimerai beaucoup connaitre concrètement les méthodes d'évaluation que vous pouvez me proposer pour déterminer le traitement le plus adapté aux déficiences que présentent mon patient car diantre, ce n’est pas avec des principes de physique quantique que lundi je vais pouvoir rééduquer le bras hémiplégique de mon patient qui n’a pas de motricité! Peut-être cela pourrait-il faire l'objet d'un post si vous le souhaitez?

Ecrit par : JPR | 12.09.2009

Je pense que Paul est au delà de ce qu'il est commun d'avoir comme réflexion sur les fondements du métier, s'il a assimilé autant l'EBP que, lâchons le mot, les Sciences de l'Education. Mais dans la masse des kinésithérapeutes, il est un alien ; beaucoup d'entre nous ne s'interrogent pas sur le bien-fondé de leur pratique. Certains d'entre nous construisent une image toute théorique de la kinésithérapie, d'autres revendiquent l'évaluation pragmatique de cette pratique pour avancer. Paul concilie les deux, mais il doit être bien isolé.
Pour ma part, je fais le pari d'une Science de l'Education tombant à l'avenir en désuétude. N'oublions pas :
1°- que la propension des Cadres MK pour cette science était au départ lié au fait qu'elle n'était le seul accès universitaire pour eux. A minima, la licence pro offrira plus d'opportunités aux nouveaux arrivants
2°- que ses théoriciens ne pourront pas s'éloigner plus de la pratique qu'il ne le font aujourd'hui, au risque de s'exclure du métier.

Bien sûr, tout ceci tout à fait confraternellement et respectueusement des personnes et des idées.

Ecrit par : JLE | 12.09.2009

Bonjour JPR et JLE,

ça fait vraiment plaisir de pouvoir débattre même si je me sens un peu écrasé sous votre expertise, JPR, que je respecte beaucoup.

Je ne peux que répéter que mon propos et ma pratique n'exclut aucunement l'EBP... bien au contraire mais qu'il vise à l'intégrer dans un processus de pensée plus global qui relie autant qu'il sépare. Je souscris pleinement aux arguments sur l'éthique de l'application de l'EBP en référence au 1) de votre post, JPR. Aucune opposition systématique donc mais une dialogique récursive.

Je ne nie pas que mon ton est impertinent mais quelque soit la manière de le dire, ne le serais-je pas de toute façon alors que l'esprit scientifique est actuellement en posture hégémonique dans le développement de la kinésithérapie/physiothérapie.
J'appelle au questionnement et à l'esprit critique ni plus ni moins pour développer la conscience kinésithérapique sans prétendre être plus avancé que qui ce soit en la matière.

A regret, je considère être bien loin d'avoir assimilé et d'incarner comme il le faudrait ni l'EBP, ni les "Sciences" de l'Education. A ce sujet, je ne me sens pas plus adepte de l'une que de l'autre. J'apprends de l'un et de l'autre tout en essayant d'apprendre à bien penser. Et je me sens vraiment en difficulté et terriblement limité actuellement face aux enjeux de santé qui voient les responsabilités de praticien s'accroîtrent de façon exponentielle tout en étant démuni à tous égards. Les injonctions paradoxales se multiplient.
C'est pour cela JLE, que je ne serais pas aussi affirmatif que vous quand au défaut d'interrogation du bien-fondé de leurs pratiques par les consoeurs et les confrères ? Quelles moyens et quelles conditions pour pouvoir exercer ce questionnement ? Les bases de données comme PEDro et d'autres sont une réponse pour faciliter ce processus de questionnement.

Quid des "bonnes pratiques" de la pensée en kinésithérapie ?

Pour ma part, je fais le pari que la confrontation/dialogue et non l'opposition des sciences dites dures avec les Sciences dites de l'Education ou plus largement les sciences humaines dans le domaine de la kinésithérapie contribuera à l'émergence d'une "science de l'autonomie". (cf Varela : http://fr.wikipedia.org/wiki/Francisco_Varela)

En exposant ainsi mes réflexions, on pourrait me targuer de démagogie et d'ignorance ou plus doucement de discours métaphysique. Cela serait justifié et je ne pourrais que m'incliner. Je le fais en vous demandant s'il vous plaît de ne pas me mettre en indignité. Je ne suis pas sectaire quant à l'EBP... seulement critique.

Merci encore pour ces possibilités échanges.

Confraternellement

Paul

PS/ Je lie Rob Herbert & al actuellement et avec beaucoup d'intérêt. Merci à Pierre pour cette référence qui contribue à mon apprentissage.

Ecrit par : Paul | 12.09.2009

"Elles sont incontestablement fortement contributives au travail de référenciation et de problématisation au bénéfice du patient mais par essence elles sont aussi réfutables et méthodologiquement isolées des interactions complexes qui les concernent dans le réel"

"les connaissances basées par sur les niveaux de preuve ne doivent pas exclure les autres qui certes ne répondent pas aux critères de qualité scientifique mais peuvent être pertinentes tout de même et s'inscrire dans un corpus disciplinaire ouvert"

"Je ne peux que répéter que mon propos et ma pratique n'exclut aucunement l'EBP... bien au contraire mais qu'il vise à l'intégrer dans un processus de pensée plus global qui relie autant qu'il sépare"

"Aucune opposition systématique donc mais une dialogique récursive"

Le jour où nos étudiants auront des enseignants qui causeront comme ça, c'est sûr qu'ils seront meilleurs...moi je regrette juste de ne pas être équipé du décodeur adéquat...

Ecrit par : Fred.S | 16.09.2009

Bonjour,

parce que ça me travaille et avec le souhait d'alimenter le débat, je partage avec vous le lien ci-après. Il soulève la question de la place faite à l'intelligence collective qu'on pourrait aussi considérer comme une application scientifique (?) :

http://knol.google.com/k/dominique-dupagne/la-pairjectivit-de-lintelligence-des/3cicv6vyqos68/3#

Autrement dit, le bon sens collectif (pas seulement les experts) autour d'une pratique peut-il constituer une évidence ?

Confraternellement

Paul

Ecrit par : Paul | 19.09.2009

pour Fred.S :

référenciation = s’étayer à la pensée des autres :
problématisation = construire une problématique

dialogique récursive et pensée complexe : http://teratoblog.wordpress.com/2008/02/07/edgar-morin-introduction-a-la-pensee-complexe/

confraternellement

Paul

Ecrit par : Paul | 19.09.2009

Bonsoir Paul,

merci pour cette leçon de langue française... un petit peu de physique maintenant, peut-être ?

J'ai un peu de mal avec :
"Niveaux de preuve et principe d'Heisenberg ?"
"(...) mais on peut s'interroger sur l'impact du principe d'indétermination d'Heisenberg dans l'évaluation et la recherche en kinésithérapie"

Je crois bien que les principes de la mécanique quantique ne s'appliquent qu'à l'échelle subatomique. Les comportements contre intuitifs des particules ne se retrouvent pas forcément à l'échelle macroscopique. Quelques rudiments de mécanique newtonienne (entre bien d'autres choses...) sont peut-être largement suffisants pour prendre en charge nos patients au quotidien, pour mener à bien une évaluation ou une expérimentation en analyse du mouvement...
A quel moment on réfléchit quand, sous prétexte de critique de l'EBP, on brandit un tel épouvantail, utilisé parfois comme argument d'autorité par les charlatanismes et autres pratiques dites "New Age" ? http://www.charlatans.info/quantique.shtml

Et si je peux me permettre de suggérer à mon tour quelques lectures pour parler en connaissance de cause de ce que l'on maîtrise apparemment assez mal
http://www.amazon.fr/Juste-assez-physique-briller-soci%C3%A9t%C3%A9/dp/2100518836/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1253395482&sr=1-1
ou encore
http://www.amazon.fr/Le%C3%A7ons-sur-physique-Richard-Feynman/dp/2738120237/ref=sr_1_4?ie=UTF8&s=books&qid=1253395611&sr=1-4

Bien respectueusement tout de même, et en vous souhaitant bonne lecture constructive de l'ouvrage de Rob Herbert (qui permettra peut-être de retoucher terre et de rester parmi nous...). Je fais le pari qu'elle vous sera plus utile (sur un plan professionnel en tous cas...) que celle d'Edgar Morin...

Ecrit par : JLN | 19.09.2009

J'ai bien reçu votre message reçu JLN. Vous comprendrez que l'intention qu'il véhicule marque la fin de ma participation à cet échange. L'insinuation de charlatanisme m'est douloureuse et je ne veux plus m'exposer à cela à l'avenir.

Je ne souhaitais que partager un point de vue et non donner des leçons à qui que cela soit.
Je prends ma part de responsabilité quant à cette erreur d'appréciation de mes intentions.

Confraternellement

Paul

Ecrit par : Paul | 20.09.2009

La référence au charlatanisme de vous était pas destinée... c'était juste une constatation. Si mon propos a été mal compris, c'est que je me suis sans doute mal exprimé.
Plates excuses, Paul...

Ecrit par : JLN | 20.09.2009

JLN, je suis aussi de nature susceptible et clairement en crise identitaire au plan professionnel.

je retiens surtout une passion partagée pour la kinésithérapie. Ce débat "vert-boisé" symboliserait l'arrivée d'un nouveau printemps pour notre profession ?
Ces "confrontations" nous aideraient à mieux percevoir où sont les ressources de développement de notre métier ?

J'ai besoin de croire à cela.

Bon dimanche à tous.

Confraternellement

Paul
;-)-

Ecrit par : Paul | 20.09.2009

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