19.09.2009

EBP vs Sciences de l'Éducation (suite)

mars.jpgJe gardais précieusement au fond de mon disque dur une conversation qui avait eu lieu sur un forum de kinésithérapeutes il y a quelques années. Bien sûr, j'ai anonymisé les intervenants, mais je n'ai pas changé d'un iota une phrase, un mot de cette conversation. Toujours un bonheur de la lire (jusqu'au bout) : tout y est dit.


Le responsable du forum

Chers tous,
je vous soumets le questionnaire portant  sur l'évaluation des pratiques professionnelles en kinésithérapie. Les modalités de réponses sont dans le questionnaire. Merci de diffuser largement svp,car cela permettra de prendre la  "température" de la profession.
Salutations
_______________________________________________________
Réponse de CSK1
le préalable à un tel questionnaire n'est-il pas une formation à l'évaluation?
que peuvent répondre les confrères qui ont été formés "dans par et pour" l'évaluation contrôle, et ne considèrent donc celle ci qu'à travers la mesure?
le projet visée est -il de les maintenir dans un savoir faire, prédéfini par des normes de "bonnes pratiques" qui fixent le gentil kiné dans sa posture d'agent exécutant bien propre sur lui, capable de bien appliquer la prescription?
____________________________________________________________
Réponse de CSK2
La polysémie de terme "Évaluation" - valuare valuere - nuit à la compréhension, à la formation, à la recherche et donc à la praxéologie.
Tout à fait d'accord sur l'omniprésence de l'évaluation-contrôle. Peut-il en être autrement dans un contexte biomédical - evidence based physiotherapy - et économique - rationalisation et optimisation des soins ?
Est-il possible de penser aussi la masso-kinésithérapie comme une rencontre avec le social, comme une activité d'ingénierie qui se construit au delà des normes ? Au risque peut-être de repenser les pouvoirs, les territoires et les référentiations.
Merci pour ce questionnaire. Souhaitons qu'il rende compte de ces deux paradigmes qui sous-tendent nos activités. Loin de s'opposer, ils se complètent, à mon sens, dans nos activités cliniques.
A suivre.
_____________________________________________________________________
Réponse de CSK3
C'est bien CSK2 !
CSK1 a raison de présenter les choses ainsi. La formation à l'évaluation est un projet ambitieux pour la profession qui englobe l'éval mesure. Dimension bien sur politique, de pouvoir, enjeu d'une émancipation professionnelle.
Amitiés
_________________________________________________________________
Réponse de CSK4
Comme je suis d'accord avec toi, CSK1 !
Il est plus que probable que la HAS caresse "naturellement" la tentation d'adopter le projet visée que tu dénonces.
Pour s'opposer à ce risque : il faut obtenir que notre profession ait le pouvoir décisionnaire dans la structure qui nous sera destinée. (idem pour tout ce qui relèvera de la FCobligatoire)
L'EPP, volontaire, incitative et surtout promue intelligemment ne doit pas insidieusement cantonner nos actes à de la technique, les référentiels doivent ouvrir vers les divers domaines connus (éducatifs, sociaux, etc...), mais aussi à ceux qu'il reste à explorer ou découvrir.
La médecine ne se veut plus un art, cette évolution entraine des dérives assez peu humanistes. Dans les faits veux-je dire, surtout pas dans les dicours !
Notre position toute particulière (notamment auprès de nos patients et de leur entourage) nous teindra, j'espère, éloigné de cette tentation.
Quelle structure tend encore l'oreille au philosophe ?
Tout ce qui vient d'être dit -en termes forts savants & judicieux CSK2, merci-  a ma complète adhésion. Mais j'espère qu'on ne m'en voudra pas d'une remarque concernant  la jargonaphasie universitaire : elle peut isoler (d'une majorité de collègues), quand elle n'est pas -comme c'est quelquefois le cas- le reflet d'une volonté inconsciente de se réserver un pouvoir.
Je pense que, tous, nous avons intérêt à veiller à être bien compris par le maximum de nos collègues.

 

Commentaires

Diable !!!...

Ecrit par : JLN | 19.09.2009

Mais que t'arrive t'il JLE pour nous exhumer un truc pareil???
Tu as bien fais de préciser que cette conversation date de plusieurs années. Ca n'arriverait plus de nos jours un machin pareil. (Hum)

Ecrit par : kineplanete | 20.09.2009

Pourquoi opposer ("vs") ce qui est complémentaire, synergique ?
Mon point de vue est que le problème ici soulevé est moins de l'ordre du pouvoir que celui de l'éthique. Mais je peux me tromper...

Confraternellement

Paul

Ecrit par : Paul | 20.09.2009

Vous ne DEVEZ pas pouvoir vous tromper : si même quelqu'un rompu à cette dialectique entrevoit deux sens possibles à un même message, c'est que cette façon d'écrire est inadaptée à l'énoncé de faits.
Bien confraternellement.

Ecrit par : JLE | 20.09.2009

L'idée est-elle de faire passer l'evidence-based pour une sous-culture universitaire dont les objectifs sont en réalité: cantonnement technique professionnel, rationalisation économique des soins et déshumanisation du secteur santé?
Dans ce cas là, je rejoins le point de vue de Paul.
Du grain à moudre par ici: http://www.ethique.inserm.fr/inserm/ethique.nsf/937238520af658aec125704b002bded2/12cae700a07566c9c12570a5005151b8?OpenDocument

Ecrit par : kineplanete | 20.09.2009

Si le thème sous-tendu par ce post est bien celui identifié par les commentaires sus-jacents, il y a aussi cet article fort à propos (peut-être et/ou éventuellement !!!): http://www.annals.org/cgi/content/full/126/5/389

Ecrit par : kineplanete | 20.09.2009

Dans ce document, il y est dit : "beaucoup, en effet, n'acceptent pas la prétendue supériorité d'une connaissance factuelle, statistique, impersonnelle et soi-disant objective, sur les connaissances acquises, l'intuition, l'expérience individuelle et la qualité idiosyncrasique du raisonnement clinique, seuls capables, à leurs yeux, de répondre à des myriades de situations cliniques différentes, qui ne peuvent être mécaniquement résolues à partir de guidelines simplificatrices".
Parler de "guidelines simplificatrices" est un pléonasme : il s'agit bien d'un fil conducteur qui n'a jamais empêché l'expression de démarches thérapeutiques complexes.
C'est cependant révélateur d'un refus de vouloir aller de l'avant : pour le praticien dont l'indicateur principal de bonnes pratiques est le remplissage de son carnet de rendez-vous, pour le théoricien qui voit s'éloigner un moyen d'accroître son pouvoir basé sur des concepts éloignés des réalités et réservés aux décideurs.
Pour un praticien curieux, c'est pourtant le bonheur, ces petites pépites de savoir validées...

Ecrit par : JLE | 20.09.2009

D'accord avec toi JLE.
Le concept même de concurrence d'arguments dans lequel la connaissance factuelle serait supérieure ne semble pas de mise.
Les guidelines sont des références statistiquement valides, des balises qui permettent de situer notre pratique quotidienne. Elles nous questionnent simplement sur la distance plus ou moins importante entre les faits qu'elles valident et nos choix thérapeutiques.
Se retrouver dans une situation de soins n'entrant pas dans la majorité statistique d'une guideline est donc une situation plus que probable... c'est même le quotidien d'une pratique intégrant des données factuelles.
Le raisonnement clinique, c'est tenter de comprendre pourquoi.
http://www.annals.org/content/vol126/issue5/images/small/8FF1.gif

Ecrit par : kineplanete | 20.09.2009

Le problème majeur en France est que le débat sur l'EBP est faussé systématiquement parce que l'on pense que l'EBP c'est 100% des choix. Le choix des stratégies thérapeutiques est lié à plusieurs paramètres et l'EBP en est un à part entière. Alors cessons, à chaque fois que l'on parle d'EBP de dire "oui mais, il y a aussi...". Cela empêche toute discussion "argumentée" exclusivement sur le champ de l'EBP. Ce que l'on aimerait, c'est que TOUS les étudiants et TOUS les enseignants sachent poser une question PICO et sachent où trouver l'information. L'enjeu est là. Tant que le discours sera sur les limites de l'EBP la profession n'aura AUCUNE reconnaissance "evidence-based" et un champ complet utile à la prise de décision et au raisonnement clinique sera laissé en friche. Laissez vivre l'EBP et sachez l'utiliser sont les mots d'ordre. Qui est prêt?

Ecrit par : Pierre Trudelle | 20.09.2009

Ecrire un commentaire